La restauration de l'église Saint-Eutrope de Saintes

Travaux en cours sur la façade nord de l'église Saint-Eutrope de Saintes. (c) Ville de Saintes.
Restauration des monuments historiques
 
  • Mis à jour le 20 juin 2022
 

L’église Saint-Eutrope de Saintes, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO au titre des chemins de Saint-Jacques de Compostelle, vient de bénéficier d’une campagne importante de restauration. Cette première phase de travaux concernait l'élévation nord de cette vaste église de pèlerinage, monument emblématique de l’art roman en Saintonge. L’inauguration de cette restauration est prévue le samedi 25 juin.

Un monument majeur de l’art roman

Suite à une donation du comte de Poitiers à l’abbaye de Cluny, l’église Saint-Eutrope est construite, de la fin du 11e siècle au début du 12e siècle, sur l’emplacement, à Saintes, du premier sanctuaire dédié à Eutrope, saint évangélisateur de la Saintonge au 1er siècle de notre ère.

Le nouvel édifice comprend une longue nef, un transept à absidioles et un profond chœur. Réservé aux moines, le chœur s'élève sur une vaste crypte qui accueille à partir de 1096 les reliques de saint Eutrope. L’église devient une étape importante pour les pèlerins, notamment ceux se rendant à Saint-Jacques de Compostellle. Les pèlerins pouvaient accéder à la crypte en empruntant des escaliers aménagés dans la nef, située à mi-hauteur entre le choeur et la crypte.

L'édifice connaît au 15e siècle un important remaniement : une grande chapelle gothique est construite et un haut clocher est édifié sur le bras nord du transept. Cependant, la principale mutilation subie par l'église date de 1803, quand la nef est détruite. De la grande église Saint-Eutrope subsistent uniquement les parties orientales : la crypte, le chœur et le transept.

Ces parties conservées sont remarquables par leurs dimensions et par la qualité de l'architecture et de la sculpture. La vaste crypte romane est couverte de voûtes d'arêtes, portées par de courts et puissants piliers à chapiteaux sculptés. Ceux-ci sont ornés de compositions végétales inspirées de l’art antique : palmettes, acanthes, rinceaux. Il est possible que les sculpteurs romans des cinquante-trois chapiteaux de cette crypte aient été inspirés par les monuments antiques encore présents à Saintes à la fin du 11e siècle.

Le chœur, qui s'élève au-dessus de la crypte, témoigne de deux périodes de construction : une partie romane, prolongée par une chapelle gothique. Dans la partie romane, le décor de feuillages inspirés de l'Antiquité est très présent, comme dans la crypte. Cependant, trois chapiteaux se distinguent, ornés de sirènes, de lions et de griffons affrontés.

La sculpture romane est également présente dans le transept, construit au début du 12e siècle et remanié au 15e et au 19e siècles. Quatre remarquables chapiteaux romans ont été conservés. D'une toute autre facture que ceux du chœur ou de la crypte, ils sont ornés d'hommes, d'animaux et de végétaux étroitement et souplement entremêlés ou superposés. Deux chapiteaux illustrent deux scènes bibliques : le Pèsement des âmes et Daniel dans la fosse aux lions.

Par la qualité de son architecture et de sa sculpture, l’église Saint-Eutrope est considérée comme un chef d’œuvre de l’art roman saintongeais.

La restauration de l'élévation nord de l’église Saint-Eutrope

Un diagnostic architectural et sanitaire de l’église Saint-Eutrope, commandé par la Ville de Saintes, a révélé l’état préoccupant du monument. Les eaux de pluie et l’humidité détériorent les décors intérieurs et extérieurs, la ventilation de la crypte est inadaptée, l’avant-crypte s’affaisse, l’attractivité du site et son accessibilité sont de faible qualité. Une campagne de travaux, composée de plusieurs phases, a été lancée avec le soutien financier de l’État, de la Région Nouvelle-Aquitaine et du Département de Charente-Maritime. La première phase, qui vient de s’achever, a permis la restauration de l'élévation nord du chœur, en faisant appel à de nombreux corps de métiers.

Les travaux de maçonnerie et de taille de pierre ont permis de nettoyer l'ensemble des pierres qui étaient couvertes d'une épaisse couche de mousses et lichens. Les pierres les plus altérées ont été remplacées par des pierres locales des carrières de Thénac. Pour ne pas avoir à les remplacer, certaines colonnettes et certains chapiteaux ont été retournés sur leur verso. Les maçons ont également consolidé les fractures et lézardes qui fragilisaient l'absidiole, remplacé les joints en ciment par des joints à la chaux, et redonné de la cohésion aux maçonneries situées à l'intérieur des murs en procédant à des coulis de chaux. Enfin, les sculpteurs ont procédé à la restauration de l’ensemble des sculptures.

Cette première phase de travaux a permis également de restaurer la couverture et la charpente du chœur de l’édifice. Les charpentes ont été nettoyées et la couverture en tuiles plates a été restaurée. Le système d’évacuation des eaux de pluie a été entièrement remplacé pour assurer le bon état sanitaire du monument. Un dallage calcaire évitant l’infiltration au pied des murs et préservant le sous-sol archéologique a été aménagé au pied de la façade. Les verrières du mur nord du chœur et de la crypte ont été restaurées par un maître-verrier. Les travaux ont été accompagnés de recherches en archéologie du bâti qui ont permis aux archéologues, chercheurs et universitaires d’avoir accès aux échafaudages. Grâce à cela, plusieurs découvertes ont eu lieu pendant le chantier. Une colonne romane, provenant d’un état antérieur de l’édifice, a ainsi été mise au jour. Des traces d’incrustations de matériaux polychromes ont également été découvertes sur certaines pierres de parement.

Des entreprises agréées Monuments Historiques ont réalisé les travaux sous la conduite de Sunmetron, agence d’architectes du patrimoine, et sous le contrôle scientifique de la Conservation régionale des Monuments historiques (DRAC Nouvelle-Aquitaine).

  • Pierre de taille : Les Compagnons de Saint-Jacques
  • Sculpture : Ateliers Enache
  • Charpente - couverture : Gautier
  • Vitraux : Dupuy
  • Archéologie : Inrap

La prochaine phase, programmée en 2023 et qui devrait se terminer en 2024, permettra de restaurer et d’assainir la crypte et l’avant-crypte.

La création de modillons sculptés contemporains

Sur l'élévation nord du chœur, un certain nombre de modillons étaient inachevés et laissés nus, vraisemblablement au moins depuis le 19e siècle. Plutôt que de laisser ces modillons nus, ou de recréer des sculptures romanes, il a été décidé de réaliser, pendant cette première phase de travaux, des sculptures contemporaines, inspirées de notre époque, sur 12 de ces modillons. Le thème choisi a été celui de la crise sanitaire – covid-19 – qui a touché notre société à partir de 2020. En s’inspirant des bestiaires et de la symbolique animale fréquemment utilisés par les artistes romans, l'architecte et les sculpteurs ont imaginé un discours narratif illustré par des animaux, des postures humaines et des symboles propres aux croyances populaires habituellement illustrées par les modillons.

Un chantier ouvert au public

Le service Ville d’art et d’histoire de Saintes a mis en place un programme de médiation pour faire vivre le chantier de restauration auprès du public. Toutes les étapes du projet ont été partagées, afin de nourrir la concertation. Différents outils de médiation sur les thèmes du chantier et de l’art roman ont été créés. Les « rendez-vous de chantier » ont permis au public de suivre l’avancement des travaux et de rencontrer les différents corps de métiers impliqués. Des animations, visites et spectacles ont été proposés durant toute la durée des travaux. De nombreux ateliers pédagogiques ont été mis en place, permettant à plus de 1000 enfants de découvrir le chantier, les métiers, l’art roman, et pour certains de pratiquer une activité artistique.

L’inauguration de la restauration de la façade nord de l’église aura lieu le samedi 25 juin à 11h. De nombreuses animations seront proposées aux visiteurs toute la journée.

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