Aubusson tisse Tolkien

Détail de la tapisserie Bilbo Comes to the Huts of the Raft-Elves. © Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel, J. Chalard, 2018.
Les actus du Limousin
 
  • Mis à jour le 11 avril 2018
 

La Cité internationale de la tapisserie a dévoilé, le 6 avril dernier, sa première tapisserie réalisée à partir d’une aquarelle de J.R.R. Tolkien. Connu pour son œuvre littéraire, notamment Le Seigneur des Anneaux et Bilbo le Hobbit, Tolkien était également un remarquable illustrateur. Le projet global prévoit de tisser quatorze de ses œuvres graphiques sur quatre ans pour créer une collection qui portera le nom de « Tenture Tolkien ».

La Cité internationale de la tapisserie à Aubusson

La création de la Cité internationale de la tapisserie découle de l’inscription de la tapisserie d’Aubusson au Patrimoine culturel immatériel par l’UNESCO en 2009. Elle a été inaugurée en 2016, dans le bâtiment entièrement restructuré de l’ancienne École Nationale d’Art Décoratif d’Aubusson. Ses 1 200 m2 d'exposition reprennent le fond de l’ancien musée de la tapisserie d’Aubusson, enrichi de créations récentes et de prêts de musées comme le Louvre. Ces nouveaux espaces muséographiques sont complétés par une plateforme de création contemporaine et d'innovation, un lieu de formation ainsi qu’une pépinière d’art textile / art tissé, mais également le premier centre de ressources sur la tapisserie en Europe.

Cette structure est portée par un syndicat mixte réunissant le Conseil Départemental de la Creuse, la Région Nouvelle-Aquitaine et la Communauté de Communes Creuse Grand Sud. Un appel à création est lancé chaque année et financé par le Fonds régional pour la création de tapisseries contemporaines. Les œuvres lauréates sont tissées selon les techniques de la tapisserie d’Aubusson reconnues par l’UNESCO.

La nef des tentures et le choix de Tolkien

Dès la phase de préfiguration de la Cité internationale de la tapisserie, en 2010, le conservateur Bruno Ythier prévoit de doter le nouveau musée d’un espace appelé « Nef des tentures » (une tenture étant un ensemble de tapisseries illustrant différents aspects d’un même thème, souvent mythologique, différents épisodes d’un même cycle).

L’équipe de la Cité s’est alors demandé ce que serait une tenture du 20e siècle, fondée, comme au 16e ou 17e siècle, sur un grand récit littéraire. La réponse à cette question est apparue comme une évidence face à l’œuvre de J.R.R. Tolkien. Ses dessins et aquarelles, empreintes de lumière et de poésie, entrent en résonnance avec l’imaginaire de ses livres qui constituent l’univers complet et cohérent d’une « mythologie actuelle ». D’autre part, leur esthétique et leur graphisme se prêtent particulièrement bien à la retranscription sous forme tissée puisqu’ils correspondent au style des tapisseries d’Aubusson datant de la même époque (les années 1920-1930).

Un programme ambitieux…

Dès 2012, le directeur de la Cité internationale de la tapisserie, Emmanuel Gérard, prend contact avec l’éditrice du Seigneur des Anneaux en France, Dominique Bourgeois, pour lui faire part de son projet de Tenture Tolkien. Enchantée par cette idée, elle le met en relation avec les descendants du célèbre écrivain. C’est ainsi que fin 2013, le conservateur et le directeur de la Cité sont reçus par la famille Tolkien, tout de suite séduite par le projet. Après un long examen des conditions juridiques de mise en œuvre de ce programme par la Tolkien Estate (structure de gestion des droits liés à l’œuvre de Tolkien), une convention est signée fin 2016 entre la Cité internationale de la tapisserie, représentée par le Sénateur Jean-Jacques Lozach, et la Tolkien Estate, représentée par Christopher Tolkien, fils de J.R.R. Tolkien.

… de treize tapisseries et un tapis

L’ensemble Tolkien comprendra au final treize tapisseries et un tapis. La sélection a retenu des illustrations des trois livres majeurs de l’auteur (Le Seigneur des Anneaux, Bilbo le Hobbit et Le Simarillion), mais également des dessins qu’il a réalisés pour ses enfants. Un choix cohérent a été opéré pour la globalité du projet au niveau des formats des œuvres tissées et des gammes de couleurs de laine retenues. Ces dernières sont produites à Felletin, commune voisine d’Aubusson, historiquement tout aussi impliquée dans l’art tissé et aujourd’hui engagée dans le développement de la filière laine. Elles sont teintées à Aubusson-même par la teinturerie de Thierry Roger, qui dispose d’un savoir-faire reconnu.

La première tapisserie dévoilée…

La première tapisserie qui nous a été dévoilée le 6 avril s’intitule Bilbo Comes to the Huts of the Raft-Elves. Elle réussit la prouesse de restituer, en très grand format et dans un matériau différent, les qualités esthétiques de l’aquarelle originale (souplesse du dessin, profondeur du paysage, nuances des dégradés de couleurs, luminosité). Pour arriver à ce résultat, un très long et minutieux travail a dû être mené. D’abord, le dessin a dû être transposé pour s’adapter aux contraintes du tissage et du grand format. Ce carton de tapisserie, retranscription peinte au format final et placée sous la trame pour guider les lissiers, a été réalisé par la cartonnière Delphine Mangeret.

… après 1 670 heures de travail

Le tissage a été exécuté à Aubusson sur un métier de basse lisse de huit mètres de long mis à disposition par la Cité internationale de la tapisserie. L’Atelier A2, composé de trois lissières, France-Odile Crinière-Perrin, Patricia Bergeron et Aïko Konomi, a été sélectionné par appel d’offre pour réaliser ce travail. Elles ont ainsi œuvré pendant 1 670 heures pour donner naissance à ce grand tableau de laine. Elles ont dû relever le défi d’utiliser les techniques de tissage en cours à Aubusson dans les années 1920 et 1930, n’utilisant que des couleurs pures. Les zones de couleurs intermédiaires sont réalisées en « battage », tissage en hachures permettant de donner à l’œil une sensation de dégradé de tons.

Une tenture à suivre

Cette tapisserie est déjà réclamée pour des expositions à la bibliothèque Nationale de France et au Getty Museum de Los Angeles. Les treize autres œuvres de la Tenture Tolkien seront tissées au rythme de trois à quatre tapisseries par an. Une prochaine tombée de métier devrait donc avoir lieu avant l’automne 2018.


Auteur du texte :Juliette CHALARD-DESCHAMPS, médiatrice du patrimoine de la Région Nouvelle-Aquitaine, Service Patrimoine et Inventaire, avril 2018.


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