Le bâtiment du futur FRAC-Artothèque du Limousin, à Limoges : de l’imprimerie à l’art contemporain

Vue intérieure de la halle du bâtiment de l’ancienne imprimerie Plainemaison, rue Charles-Michels à Limoges. Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel.
Les actus du Limousin
 
  • Mis à jour le 1 février 2018
 

Propriété de la Région Nouvelle-Aquitaine, le bâtiment de l’ancienne imprimerie Plainemaison conçu en 1893 par l’architecte Rouchaud est destiné à accueillir prochainement le Fonds Régional d’Art Contemporain (FRAC)-Artothèque du Limousin. Sa reconversion fait l’objet d’un concours d’architecte. Ce projet porté par la Région a été l’occasion pour le Service Patrimoine et Inventaire de mener une étude monographique approfondie.

L’imprimerie à Limoges

L’imprimerie s’est très tôt développée à Limoges, pour l’édition de livres religieux, d’almanachs et d’ouvrage de colportage. Pourtant, si l’histoire de plusieurs grandes familles d’artisans imprimeurs est bien connue, tout comme le rôle important de l’ouvrier typographe, fer de lance de la lutte ouvrière, l’imprimerie comme lieu de production a rarement été étudiée.

Entre le 18e siècle et le milieu du 19e siècle, Limoges compte une douzaine de libraires-éditeurs-imprimeurs, représentés par des maisons qui remontent pour certaines aux 17e et 18e siècles, tels les Barbou, Chapoulaud, Pierre Ardillier et Martial Ardant. Ces imprimeries se concentrent dans le centre-ville, essentiellement entre la place des Bancs, la place de la République, et les rues Charles-Michels et du Clocher. Elles occupent des bâtiments préexistants : maisons, anciens couvents ou encore hôtels particuliers.

Au cours du 19e siècle, l’imprimerie évolue de manière importante. Les progrès techniques (presses rotatives, machines à composer, procédés de duplication des images…), ainsi que le développement de nouveaux marchés (principalement les journaux et la publicité) concourent à renouveler considérablement l’exercice du métier. Enfin, en 1881, la loi sur la liberté de la presse ouvre à la concurrence une profession jusqu’ici contrôlée et limitée par le système des Brevets qui régissait le nombre d’imprimeurs autorisés.

Dans le dernier quart du 19e siècle, de nouvelles imprimeries s’implantent à Limoges, certaines de façon éphémère, d’autres plus durablement. Elles seront près d’une trentaine à la veille de la Première Guerre mondiale, parmi lesquelles les imprimeries Charles-Lavauzelle, Dumont, ou Ducourtieux, ainsi que, bien sûr, l’imprimerie Plainemaison. Si la plupart de ces nouvelles imprimeries sont édifiées dans la proche banlieue de Limoges, à l’instar des grandes fabriques porcelainières et des usines de chaussures bâties à la même période, l’imprimerie Plainemaison s’implante au cœur du quartier historique des imprimeurs, au 17 bis rue Manigne (actuelle rue Charles-Michels).


Avant l’imprimerie, un couvent puis un jardin

Cet emplacement a d’abord été occupé par un couvent d’Oratoriens fondé au début du 17e siècle. En 1770, ceux-ci font construire une nouvelle chapelle, par un architecte nommé Jean Chauvin. À peine vingt ans après, le couvent est détruit lors du grand incendie du 6 septembre 1790, qui ravage près de 200 maisons dans un périmètre compris entre les actuels boulevards Gambetta et Louis-Blanc, la place des Bancs et la rue Charles-Michels.

Le quartier est reconstruit dès la fin du 18e siècle. Le site du couvent, désormais propriété d‘un particulier, est aménagé en un grand jardin. Une importante portion du mur sud de la chapelle sert d’appui à la maison voisine nouvellement construite (actuel n°17), tandis que le reste des pierres est employé à la reconstruction de diverses maisons du quartier.


L’imprimerie Plainemaison

En 1892, deux frères, Émile et Félix Plainemaison acquièrent le jardin et la maison du n°17. Le premier installe sa famille et son négoce de tissu en gros dans la maison. L’année suivante, Félix, qui a repris en 1889 une imprimerie au 10 rue des Grandes-Pousses, soit de l’autre côté de l’ilot, décide d’édifier un nouvel atelier sur l’emplacement du jardin.

Il fait appel à l’architecte et ingénieur civil limougeaud Rouchaud. Celui-ci, alors en milieu de carrière (il exerce de 1885 à 1901) s’associera en 1899 avec les architectes Menissier et Rocher, qui travailleront aussi pour la famille Plainemaison.

L’architecte fait le choix d’une construction portée par une structure métallique. Ce mode de construction, popularisé à Limoges par les halles de la place de la Motte achevées quatre ans auparavant, permet de dégager au maximum l’espace intérieur tout en supportant de fortes charges. Il se révèle particulièrement adapté à l’architecture industrielle et commerciale.

Suivant le modèle de l’imprimerie parisienne Chaix édifiée à Saint-Ouen en 1880, l’atelier Plainemaison prend ainsi la forme d’une vaste nef bordée sur trois côtés par deux niveaux de coursives. Un éclairage optimum est obtenu grâce à la verrière zénithale et aux vastes baies des façades avant et arrière. L’espace intérieur est organisé rigoureusement. Le sous-sol abritant les réserves est desservi par une ruelle intérieure longeant l’atelier et donnant sur la rue Charles-Michels par un porche. Les presses sont au rez-de-chaussée, les casses des typographes au premier étage de la galerie, et les ateliers de façonnage, de couture et de reliure au niveau supérieur. La distribution des étages est assurée par un monte-charge et des escaliers.

Les détails de la construction – motifs des ancres en façade, carrelage, menuiseries des bureaux, garde-corps des escaliers, – témoignent du soin apporté à l’édifice. Enfin, à l’espace intérieur rigoureusement fonctionnel répond une façade sur rue traitée de façon ostentatoire : le choix du matériau (le granite), l’élévation ordonnancée, les baies du couronnement et les volutes amorties au-dessus du cartouche, tout concourt à signaler le nouvel édifice dans la rue.

Ce chantier est donc l’occasion pour l’architecte Rouchaud de proposer une imprimerie modèle, dont il s’inspirera lors de construction en 1896 de la nouvelle imprimerie Charles-Lavauzelle, située avenue Baudin et aujourd’hui disparue.

Un atelier de l’imprimerie Charles-Lavauzelle (architecte Rouchaud), 62, rue Baudin à Limoges Carte postale, vers 1890. Photothèque Paul Colmar.

 

Une imprimerie dédiée à l’administration

Comme la plupart de ses concurrents, Plainemaison propose toute la gamme des travaux de ville (carte de visite, facture, affiche), de labeur (livre) et de presse. Mais il est surtout spécialisé dans les documents administratifs et travaille pour la préfecture de la Haute-Vienne, la Ville de Limoges, la Compagnie française des chemins de fer d’Orléans et de Bône, le Lycée de Limoges ou l’Armée.

Il imprime ainsi des formulaires administratifs, des affiches, mais aussi les recueils annuels des Rapports et délibérations du Conseil général, ainsi que plusieurs volumes des Inventaires des archives départementales de la Haute-Vienne. Il lance aussi un hebdomadaire de petites annonces et dépose, en 1894 le brevet de la plume « Mar’chef », dont le nom développé (Maréchal-des-Logis-chef) n’est pas sans évoquer celui d’un concurrent célèbre, la plume « Sergent-Major » !


Après l’imprimerie, les commerces de tissu

En mars 1900, un incendie contraint Félix Plainemaison à réduire son activité. L’imprimerie ferme définitivement l’année suivante. Les locaux sont ensuite occupés par le magasin de tissu en gros Treuil et Brunaud.

Après la Seconde Guerre mondiale, le magasin de tissu est repris par la société Desvilles et fils, qui y ajoute une activité de confection. En 1965, elle emploie cinquante-six salariés. Le bâtiment abrite ensuite différents commerces de vêtements, dont, le dernier en date, l’enseigne Eurodif. Après le déménagement de celle-ci en 2013, le site est acquis par la Région Limousin en 2014 pour y installer le FRAC-Artothèque du Limousin (les deux structures ont fusionné en 2015).

L’étude menée à cette occasion a permis d’éclairer l’histoire du bâtiment. Elle a aussi mis au jour les vestiges de l’ancienne chapelle que l’on croyait totalement disparue. Le mur, partiellement masqué par le décor intérieur du magasin, s’élève en effet sur toute-hauteur le long du flanc sud du bâtiment. Conjuguée à l’architecture industrielle de l’imprimerie, la présence inattendue de cet élément remarquable est un atout de plus pour l’espace qui abritera le Frac-Artothèque.
 


Auteur : Jérôme Decoux, janvier 2018.
Photographies, sauf indication contraire : Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel. Philippe Rivière, 2014 et 2017.

Pour citer cet article :
DECOUX Jérôme, Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel. «De l’imprimerie à l’art contemporain : le futur FRAC-Artothèque du Limousin, à Limoges », 11 janvier 2018 [En ligne] https://inventaire.poitou-charentes.fr/evenements/348-les-articles-du-limousin/1086-le-batiment-du-futur-frac-artotheque-du-limousin-a-limoges-de-l-imprimerie-a-l-art-contemporain


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