Le fonds Triou, une collection photographique d'amateurs du patrimoine

Le logis de la Métairie des Pères, commune des Gonds (Charente-Maritime). Vers 1918. © Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel. Fonds Léon Triou. Léon Triou photographe.
Découvertes
 
  • Mis à jour le 2 juillet 2018
 

En 1996, la photothèque du service Patrimoine et Inventaire de Poitiers s'est enrichie d'une importante collection photographique donnée par les familles Triou et Trouvé. Celle-ci comprend près de 1 500 négatifs sur plaques de verre et quelques négatifs souples, datés du premier quart du 20e siècle. Principalement consacrée au patrimoine et plus particulièrement à celui de Charente-Maritime, la collection évoque aussi la vie quotidienne. Elle constitue un fonds précieux pour le patrimoine régional du début du siècle dernier.

 

Une heureuse découverte dans le grenier de la Métairie des Pères

C'est lors d'une visite de la Métairie des Pères, sur la commune des Gonds (Charente-Maritime), pour son éventuelle protection au titre des monuments historiques, que les agents de la CRMH (Conservation régionale des monuments historiques) de Poitou-Charentes repèrent dans le grenier, des centaines de négatifs sur plaque de verre.

Nombre d'entre eux illustrent des monuments de la Charente et de la Charente-Maritime au début du 20e siècle et ont été pris par Léon Triou, photographe amateur. Il est le père de Jacques Triou, un des propriétaires de la Métairie des Pères, âgé de 102 ans en 1996. Jacques, qui a souvent accompagné son père dans ses sorties photographiques, possède également un fonds photographique qui lui a été légué par Nicolas, cordonnier à Saintes.

Conscientes de l'importance de cette collection, les familles Triou et Trouvé, héritières de Léon Triou, acceptent de la céder à l'État, représenté par le Service régional de l'Inventaire.


Le méticuleux travail d'identification et d'indexation

L'identification et l'indexation des 1 500 négatifs sur plaques de verre et des quelques négatifs souples ont été réalisées par des agents de la Conservation régionale des monuments historiques et du service de l'Inventaire du patrimoine et ont nécessité plusieurs mois.

La Charente-Maritime est le département le plus photographié, représentant 60 % du fonds. Léon Triou, qui vit et travaille à Angoulême jusqu'en 1919, vient régulièrement à la Métairie des Pères et photographie aussi la Saintonge. M. Nicolas est quant à lui saintais et privilégie Saintes et ses environs.

Le reste de la collection est composé d'images de la Charente (15 %) et d'autres départements, ainsi que de nombreux portraits et scènes de vie quotidienne.


De précieux documents pour la connaissance du patrimoine au début du 20e siècle

Les deux photographes mettent leur pratique au service de l'histoire de l'art et du patrimoine. Ainsi, en 1912, Léon Triou photographie les vestiges de l'abbaye Saint-Cybard à Angoulême en cours de destruction. À Saintes, Nicolas fixe sur la pellicule le déblaiement de l'amphithéâtre. Passionnés par le patrimoine, ils photographient les vestiges gallo-romains, les nombreuses romanes des Charentes, les châteaux... La modernité les intéresse également : constructions liées au chemin de fer (gare, pont ferroviaire...), la côte et les premières villas balnéaires de Saint-Palais-sur-Mer…


Deux photographes amateurs amoureux du patrimoine

La pratique amateur de la photographie se développe à partir de la fin du 19e siècle, grâce à l'apparition des nouveaux appareils photographiques et de la photographie instantanée qui permettent de saisir sur le vif une scène, un événement.

Léon Triou (?, 27 avril 1865 – Saint-Palais-sur-Mer, 5 janvier 1934) est, après des études de droit, conseiller de préfecture puis, de 1914 à 1919, secrétaire général de la préfecture de la Charente. M. Nicolas est cordonnier place du Synode à Saintes.

L'un comme l'autre compose avec soin leurs photographies ; le cadrage, la lumière mettent en valeur le sujet. Certaines photographies semblent inspirées de gravures. Leurs sujets de prédilection sont variés. Ils font de nombreux portraits de famille, immortalisent des fêtes, photographient des objets du quotidien ou de la modernité, démontrant ainsi que l'objet « photographie » n'est plus une rareté.

Leur passion photographique rejoint l'intérêt qu'ils portent au patrimoine. En cela, ils s'inscrivent dans la tradition de la photographie illustratrice des monuments, utilisée très tôt par la commission des Monuments historiques, qui crée en 1851 la mission héliographique pour réaliser le premier inventaire national photographique des monuments historiques.

Auteur : Christine Sarrazin, mai 2018.


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