Le fonds François Eygun, la photographie au service du patrimoine

Fragments de reliquaires (localisation inconnue). D'après le négatif au gélatino-bromure sur verre ; 9 x 12 cm. © Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel, fonds Eygyn. François Eygyn. Numérisation des clichés : Gilles Beauvarlet, Christian Rome.
Découvertes
 
  • Mis à jour le 15 mai 2018
 

Parmi les 360 000 images de sa photothèque, le service Patrimoine et Inventaire de Nouvelle-Aquitaine (site de Poitiers) conserve plus de 4 500 clichés et 21 albums de photographies, réalisés par François Eygun, archiviste-paléographe passionné d'archéologie et d'architecture. Découverte de ce fonds exceptionnel, qui constitue une véritable histoire régionale des arts, des années 1920 aux années 1960.

 

François Eygun, un archiviste-paléographe, archéologue… et photographe

François Eygun (18 mars 1898, Poitiers - 22 mai 1973, Mouterre-sur-Blourde) s'inscrit dans la ligne des érudits du 19e siècle par sa culture et la diversité de ses recherches.

Son intérêt pour l'archéologie, l'architecture, se manifeste très tôt. Dès l'âge de 13 ans, il fait don à la Société des Antiquaires de l'Ouest (SA0) d'objets archéologiques, de photographies de maisons présentant un intérêt architectural. Il est reçu au sein de la société savante en 1915. Licencié en sciences en 1917, il est admis en 1922 à l'École des Chartes et est nommé archiviste paléographe en 1926, après avoir soutenu une thèse sur la sigillographie (étude des sceaux) du Poitou avant 1515. De retour à Poitiers, il participe activement à la vie intellectuelle poitevine tout en gérant le domaine familial de Mouterre-sur-Blourde.

En 1937, il devient directeur de la bibliothèque municipale de Poitiers, poste qu'il occupera jusqu'en 1964. À partir de 1942, il est également directeur des antiquités historiques pour les départements de la Charente, de la Charente-Maritime, des Deux-Sèvres, de l'Indre, de la Vendée et de la Vienne.

Photographe amateur, il réalise tout au long de sa vie des photographies pour accompagner ses travaux de recherche dans le domaine de l'archéologie et des arts.


Un fonds exceptionnel de 4 500 photographies, dont 1 000 plaques de verre et 300 clichés stéréoscopiques, ...

Le fonds François Eygun est composé de 4 500 photographies, réunies au fur et à mesure de ses travaux, mais également par sa curiosité envers toute chose du patrimoine. Les sujets représentés sont très divers, allant des fouilles archéologiques gallo-romaines aux ouvrages d'art contemporains.

Le département de la Vienne est le plus documenté, avec 2 298 photographies, soit la moité du fonds. Viennent ensuite la Charente-Maritime (629), les Deux-Sèvres (460) et la Charente (325), la Vendée et d'autres départements se partageant les autres clichés.

Le fonds est composé en grande partie (75 %) de négatifs souples. Il comprend également un millier de négatifs sur plaque de verre, les plus anciens, de trois formats (6 x 13, 9 x 12 et 13 x 18 cm ) ; la face sensible est recouverte d'un mélange de bromure d'argent et de gélatine.

Le fonds compte 300 photographies stéréoscopiques, majoritairement sur plaques de verre. Ce procédé consiste à prendre deux clichés au même moment avec deux objectifs, avec un point de vue légèrement décalé (dont la distance équivaut à celle des yeux), pour donner l'illusion du relief. L'utilisation d'une visionneuse binoculaire pour regarder la photographie stéréoscopique permet d'en restituer le relief.


... véritable histoire régionale des arts, des années 1920-1960

Ce fonds documentaire est de première importance pour la connaissance du patrimoine régional. Les plus anciennes photographies, comme celles qui illustrent des maisons de caractère à Poitiers, renseignent sur l'état de bâtiments dénaturés par des travaux postérieurs à l'année de prise de vue. Elles témoignent également d'éléments patrimoniaux disparus.

Les photographies des châteaux, églises, maisons, objets de culte, statues,... écrivent une histoire des arts en Poitou, la Saintonge, l'Angoumois... C'est ce à quoi François Eygun s'essaie en publiant, en 1965, Art des pays d'Ouest, où il résume les connaissances acquises au cours d'une quarantaine d'années de recherches.

L'art roman occupe une place importante. C'est un sujet de prédilection de François Eygun qui y a consacré notamment deux ouvrages : L'architecture romane, paru en 1931 à la Librairie Bloud et Gay, qui bénéficie d'un compte-rendu très élogieux de F. Deshoulières dans le Bulletin Monumental de 1932 ; presque 40 ans plus tard en 1970, paraît La Saintonge romane, aux éditions Zodiaque.

L'archéologie est également très présente. Plusieurs chantiers archéologiques sont particulièrement illustrés : l'abbaye Sainte-Croix à Poitiers, les sites gallo-romains de Civaux et de Sanxay dans la Vienne, de Chassenon en Charente...

Auteur : Christine Sarrazin, mai 2018.


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