La Maison alsacienne à Angoulême (Charente)

a Maison alsacienne, depuis le pont Saint-Cybard. © Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel. Christian Rome, 2016.
Découvertes
 
  • Mis à jour le 10 août 2018
 


Un vitrail exceptionnel

Un vitrail du 17e siècle...

C'est probablement dans la cage d'escalier que se trouve l'élément le plus ancien et le plus étonnant de la Maison alsacienne. Cette cage d'escalier est éclairée par plusieurs vitraux, datant de la construction de la maison. Cependant, l'un d'eux présente, dans sa partie haute, un remploi de panneau de vitrail beaucoup plus ancien. Daté de 1665, il s'agit d'un des vitraux les plus anciens conservés du département de la Charente.


… provenant d'Alsace ou d'une région germanophone...

Ce vitrail historié est composé de quatre scènes, légendées en allemand. Le texte est écrit en vers, en octosyllabes, avec des rimes suivies. Le vitrail a donc vraisemblablement été réalisé dans une région germanophone, en Allemagne, en Suisse ou en Alsace.

La présence d'un tel vitrail dans la Maison alsacienne n'est pas si étonnante. Lazare Weiller, commanditaire de la maison, est un collectionneur d’œuvres d'art. Au début du 20e siècle, la vente sur le marché de l'art de vitraux anciens était très courante. Souhaitant construire une maison inspirée de l'architecture traditionnelle alsacienne, il n'a probablement eu aucun mal à se procurer un vitrail provenant de cette région ou des régions voisines.


… et illustrant un épisode de la Bible...

Les quatre scènes du vitrail illustrent l'histoire de Joseph chez Putiphar (ou Potiphar). Cette histoire biblique est souvent représentée par les artistes – peintres et sculpteurs – au Moyen Âge et à l'époque moderne. Cette histoire figure notamment sur la voûte peinte de l'abbaye de Saint-Savin. L'inscription, en bas du vitrail, mentionne les donateurs de ce vitrail, probablement offert, en 1665, à une église ou à un monastère. L'un des donateurs se prénomme Jacob, prénom du père de Joseph, ce qui explique probablement le choix de cette histoire.


… L'histoire de Joseph chez Putiphar (ou Potiphar) (Genèse 39)

Joseph, fils de Jacob, est emprisonné par ses frères jaloux, enfermé dans une citerne ou un puits. Il est ensuite vendu comme esclave en Égypte, à un officier de Pharaon, Putiphar, dont il devient rapidement l'intendant. La femme de Putiphar cherche à séduire Joseph, qui refuse sans cesse ses avances. Lors de la dernière tentative, il lui abandonne son vêtement qu'elle tentait d'arracher. Elle accuse Joseph d'avoir cherché à la violer et montre à son mari le vêtement de Joseph comme preuve. Joseph est alors emprisonné. Après avoir interprété les rêves de Pharaon, il est chargé de l'approvisionnement et des réserves en nourriture et devient un des personnages les plus puissants d'Égypte. Lorsque la famine éclate, ses frères viennent lui demander à manger. Après plusieurs péripéties, il accueille sa famille en Égypte, dans la région de Gosen et présente son père Jacob à Pharaon.

Détail du vitrail, partie basse :  au centre, l’inscription des donateurs, entourée à gauche de la lettre A et à droite d'une fleur de lys ; en bas, la date en partie effacée 1665.

 

L'histoire de Joseph chez Puliphar, et notamment l'épisode de Joseph et la femme de Putiphar, a inspiré de nombreux artistes, qui ont le plus souvent représenté les personnages avec des vêtements et dans un décor architectural contemporains à la création de leur œuvre. Ce vitrail ne fait pas exception, le maître-verrier a adapté l'histoire en présentant des personnages aux cheveux blonds, habillés à la mode européenne, entourés de bâtiments très différents des monuments de l’Égypte antique, et qui évoquent plutôt l'architecture européenne médiévale ou Renaissance. Le maître-verrier a toutefois pris soin d'ajouter, dans la première scène, un chameau – peut-être celui des marchands d'esclaves.


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Auteur : Yann Ourry, 2018.

Pour citer cet article :
OURRY Yann, Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel. « La Maison alsacienne à Angoulême (Charente) », 2018 [En ligne] https://inventaire.poitou-charentes.fr/decouverte/1084-la-maison-alsacienne-a-angouleme-charente

Un article sur la Maison alsacienne, par Yann Ourry, a également été publié dans le numéro 246 du Picton, novembre-décembre 2017.